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Miss France, coulisses d’un concours hors du temps

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Depuis le début des années 2000, le concours Miss France n’a de cesse d’enchaîner les scandales. Pour de nombreuses personnes, l’événement est un anachronisme au service d’une idée : la femme comme objet.  


Avec un pic à 10,4 millions de téléspectateurs pour le sacre 2021, Miss France est de loin l’un des événements télévisés les plus regardés de l’année en France. Le concours n’a d’égal que les matchs des Bleus en Coupe du Monde, c’est dire ! Le paradoxe étant que Miss France est, pour beaucoup, considéré comme l’exemple même d’une tradition sexiste, dépassée et archaïque. 


Les 29 candidates régionales de Miss France 2022 / Crédit : Laurent Vu - SIPA - TF1 Société Miss France

L’enfer du décor

Nous avons tous l’image de Miss France depuis notre canapé. L’image d’un concours où défilés, écharpes de région et sourires charmants, bien que forcés, se succèdent jusqu’à désigner celle qui est jugée comme la plus belle femme de France. Mais derrière la couronne, le bouquet de fleurs et l’écharpe officielle remis à la grande gagnante se cache un règlement discriminatoire et désuet.


Clémence Botino couronnée Miss France 2020 par Vaimalama Chaves, Miss France 2019, le 15 décembre 2019
Crédit : Christophe Simon / AFP

Il y a les traditionnels critères d’âge et de taille, déjà discriminatoires. Seules les femmes de plus d’1m70 sans talons et nées, pour cette édition, entre le 1er janvier 1996 et le 1er novembre 2002 peuvent espérer concourir pour remporter la couronne. Bien que les silhouettes soient souvent semblables, aucun critère ne tient compte du poids des candidates. Deux autres critères physiques sont eux aussi finement regardés par l’organisation du concours. L’un porte sur la chirurgie esthétique, logiquement interdite à l’exception de la “chirurgie uniquement réparatrice”, explique Sylvie Tellier, la présidente du comité Miss France. L’autre concerne les tatouages et les piercings. Le règlement interdit tout tatouage “dont la surface tatouée est supérieure à trois centimètres de diamètre, qui ne peut être dissimulé et/ou qui serait placé sur le visage, le cou et/ou le décolleté”. Une condition dont Jade Voltigeur a fait les frais en 2017. La Miss Martinique avait dissimulé un tatouage sur son omoplate avec du fond de teint. Un geste qui la mena directement à la disqualification quand la supercherie fut découverte par le comité du concours.


Bien loin des critères physiques, les projecteurs sont aussi tournés vers l’image renvoyée par chacune des Miss. Les candidates “ne doivent pas être ou avoir été mariées, pacsées, divorcées ou veuves ni avoir d'enfants”. Un critère qui peut laisser penser qu’une mère n’a rien d’une femme de beauté. De même, interdiction formelle d’avoir participé à des shootings photo ou vidéo sans vêtements ou sous-vêtements. Même quand il s’agit de clichés pour une campagne sur le cancer du sein ! Anaëlle Guimbi, Miss Guadeloupe 2020, en a fait l’expérience en août 2020. Elle qui avait posé seins nus, corps façon bodypainting, pour une campagne de sensibilisation, s’est vu être disqualifiée du concours.


Campagne de sensiblisation au cancer du sein d'Anaëlle Guimbi avec un make up réalisé par @mistermakeupartist
Source : @anaelleguimbi_off sur Instagram

Entre toutes ces règles désuètes, les différentes Miss sont également appelées à en respecter d’autres : pas de propagande politique ou religieuse, pas d’alcool ou de tabac en public, pas de propos injurieux ou violents envers les autres candidates ou quiconque… 


“Impact négatif et rétrograde sur l’ensemble de la société”

“Nous avons beau protester chaque année contre ce concours qui véhicule des valeurs sexistes, rien ne change jamais”, explique Alyssa Ahrabare, la présidente de Osez le féminisme. C’est pourquoi, en octobre dernier, l'association est passé à l’étape supérieure en attaquant la société Miss France ainsi qu’Endemol Productions, l’organisateur du concours, en justice pour violation du droit du travail. 

Le collectif estime notamment que le règlement de Miss France constitue une discrimination à l’embauche en ce qu’il écarte inéluctablement un grand nombre de femmes du concours. A cet effet, trois autres femmes, qui assurent avoir été refusées du concours en raison des critères trop discriminatoires, ont tenu à épauler l’association aux Prud'hommes. Dès lors, la demande est claire : la suppression de ces critères discriminatoires. Dans un communiqué paru le 19 octobre 2021, Osez le féminisme ! écrit : “Il est temps qu'enfin la télévision ne soit plus le reflet d'une société sexiste qui promeut la culture du viol et la femme objet”. 

En parallèle, l’association juge que la participation au concours s’inscrit dans une prestation de travail. Un point qu’elle juge essentiel, d’autant que les candidates n’ont ni rémunération, ni contrat de travail à signer et sont soumises à un certain nombre de règles pendant plusieurs semaines. Pour renforcer ce point, Osez le féminisme ! s’appuie sur une jurisprudence de 2013, au sujet du concours Mister France, qui établit qu’il existe bel et bien une relation de travail entre les candidats et la production. 

Désormais, aucune décision de justice ne sera rendue avant la diffusion de la 92ème édition du concours ce samedi 11 décembre. Notons toutefois que la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, Elisabeth Moreno, s'est exprimé à ce sujet ce vendredi 10 décembre lors de sa rencontre avec les 29 candidates : “Je pense que les règles de ce concours peuvent évoluer, comme le célibat, et nous sommes en train d’en discuter avec Alexia Laroche-Joubert.”.

 

Photo couverture : Florent Dupuy / SIPA

Par Loïs Larges

Dernière modification le 10/01/2022 à 22h05

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