Société

Corrida, la reine tradition

Publié le 18 septembre 2021

"Est-ce que ce monde est sérieux ?” disait Cabrel dans sa chanson La Corrida. Malheureusement, il l’est quand on touche aux traditions, quand bien même elles sont vecteurs de maltraitance animale. La corrida en est le parfait exemple. 


Quatre sur cinq. C’est le nombre de français opposés à la mise à mort des taureaux selon un sondage IFOP commandé par l'Alliance Anti-corrida et réalisé les 24 et 25 août 2021. Un chiffre qui intervient alors que nos voisins portuguais et espagnols connaissent eux-aussi des remous au sujet des corridas. Le 5 août dernier, les murs de Lisbonne ont fait résonner une manifestation réunissant près de 1 500 personnes. Tous marchaient, criaient, huaient contre la corrida qui s’organisait devant eux, en hommage à un toréador de renom, João Moura. Le 18 août, ce sont deux taureaux nommés “Féministe” et “Nigérian” qui ont été mis à mort lors d’une corrida à Gijón en Espagne. Une mauvaise blague qui a rapidement fait réagir les associations… et la maire de la ville, qui a décidé d’arrêter définitivement tout spectacle de tauromachie dans sa ville. 

 

Un tabou politique


Seuls huit pays autorisent encore la corrida dans le monde : le Portugal, l'Espagne, le Mexique, la Colombie, le Vénézuela, le Pérou, l'Équateur et la France, pays où elle demeure un tabou politique, bien au-delà des étiquettes. Ni de gauche, ni de droite, l’interdiction de la corrida fait parler d’elle depuis de longues années mais a toujours été un débat sans fin. 


Le 14 décembre 2020, une proposition de loi sur la lutte contre la maltraitance animale est déposée à l’Assemblée Nationale. On y parle des cirques, des chats errants, de la fourrure… mais force est de constater que la corrida fait figure de grande absente. Un constat que regrette le député LR Eric Pauget qui a déposé, en janvier, plusieurs amendements sur le sujet dont un appelant à retravailler l’article 521-1 du Code Pénal. En effet, cet article déclare : “le fait, publiquement ou non, d'exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende”. Néanmoins, un alinéa fait mention d’une exception, “les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée”. Une exception toute faite que le député appelle à supprimer. Reste que cet amendement a été rejeté, comme tous les autres, “au motif qu'ils n'ont "aucun lien avec le texte sur la #MaltraitanceAnimale”. 

 


Sa réaction : “cela veut dire que le gouvernement et la majorité ne veulent même pas aborder le sujet, alors que pourtant on parle d’une pratique où il est question de torturer un animal dans une arène. Je ne comprends même pas le calcul politique puisque les enquêtes d’opinions montrent une véritable prise de conscience de la population”. L’histoire semble alors se répéter puisqu'en octobre 2020, un amendement sur la corrida déposé par la députée LREM Samantha Cazebonne avait également été refusé. Toujours est-il que, la semaine d’après, le texte sur la lutte contre la maltraitance animale est voté à l’Assemblée, et écarte toujours la corrida.


Dernier évènement en date, une tribune signée par 36 parlementaires et parue le 31 juillet dans le JDD appelant à l’interdiction de ce qu’ils estiment être “une pratique barbare”. Elle fait suite aux actions de la Fondation Brigitte Bardot qui a diffusé des images d’une corrida dans le Gard le 14 juillet. Images sur lesquelles deux veaux et quatre taureaux se font tués. Parallèlement, la Fondation a lancé une campagne d’affichage dans plusieurs villes du sud du pays pour dénoncer la cruauté de cette pratique. Deux évènements qui n’ont donc pas manqué d'interpeller la sphère politique, bien que le texte sur le bien-être animal arrive au Sénat courant septembre, toujours vide d’une quelconque mention sur la corrida.


Crédit : Fondation Brigitte Bardot

 

Au non de la tradition


La tradition a bon dos. Seul argument dressé par les défenseurs de la tauromachie, elle permet de passer outre la maltraitance et la barbarie. Eux considèrent que mettre en scène un taureau désorienté et persécuté jusqu’à ce qu’il capitule et soit donc mis à mort dans le vacarme d’une arène qui applaudit à cœur joie, rit aux éclats et paye pour ça, est normal. Ce scénario est reproduit 70 fois par an dans le sud de la France. A échelle mondiale, ce n’est pas moins de 250 000 taureaux qui sont tués chaque année. La cruauté offerte sur un plateau d’argent, aux yeux et au su de tous. 

Pourtant, certains mettent du cœur à l’ouvrage pour la défendre. Parmi eux, Eric Dupond-Moretti, qui avait signé une tribune parue dans Le Figaro en 2019 estimant que “la corrida est un art et nul ne doit en être exclu”. De même, l’Observatoire national des cultures taurines a tenu à réagir à la tribune publiée dans le JDD. André Viard, le président, a rappelé au micro de France Bleu l’importance des corridas et de la richesse économique qu’elles apportent. L’ancien matador regrette, “ce qui est ennuyeux dans la publication de cette tribune, c'est que l'on voit une fois de plus des parlementaires issus de régions qui ne sont pas taurines”. Notons tout de même : parmi les 36 signataires, figurent trois députés des Bouches-du-Rhône, département de la ville d’Arles qui accueille des corridas. Avec un tel scénario, comment conclure autrement qu’en écrivant les derniers mots de La Corrida de Francis Cabrel : 

Je pensais pas qu'on puisse autant
S'amuser autour d'une tombe.

 

Photo couverture : César Manso / AFP

Par Loïs Larges

Dernière modification le 30/09/2021 à 10h46

Partager Tweet

Commentaires

C'est vide ici

Aucun commentaire n'a été trouvé !

Votre adresse e-mail ne sera utilisée que pour vous demander des informations éventuelles concernant votre commentaire.

Cela peut vous intéresser

Image illustration Un toc peu connu : La dermatillomanie

Un toc peu connu : La dermatillomanie

Image illustration 2021 : des résolutions à l’abandon ?

2021 : des résolutions à l’abandon ?

Image illustration L'hypnothérapie : en vogue depuis plusieurs mois

L'hypnothérapie : en vogue depuis plusieurs mois