Société

Fast-fashion, un drame environnemental et social

Publié le 6 octobre 2021

Difficile de ne pas blâmer la fast-fashion quand on sait que l’industrie du textile représente tous les excès de la société de consommation. Aujourd’hui, et plus que jamais, enseignes et consommateurs doivent repenser leur rapport à la mode.


Zara, H&M, Uniqlo… toutes les citer serait impossible tant elles sont nombreuses. À la recherche du moindre bénéfice supplémentaire, les marques de fast fashion vivent, depuis plus de 30 ans, au rythme des prix bas, des stocks à épuiser et des renouvellements à n’en plus finir. Aux dépens de la qualité, mais surtout de l’environnement et du social. 

 

Quand l’économie prime sur l’écologie...


Bien qu’il soit difficile d’établir un classement précis, le textile serait la deuxième industrie la plus polluante du monde, derrière le pétrole. Et pour cause, selon les constats du rapport « La mode sans dessus dessous » de l’ADEME, elle serait responsable de près d’1,2 milliard de tonnes de CO2 chaque année, soit 2% des émissions globales. Pire, le rapport estime que, en poursuivant les tendances actuelles, le secteur sera responsable de plus d’un quart des émissions de gaz à effet de serre en 2050. Ainsi, il y a la pollution de l’air mais pas seulement... Les océans subissent eux-aussi les conséquences de la mode éphémère. La production de polyester, une fibre synthétique dérivée du pétrole, est responsable du déversement de plus de 500 000 tonnes de microplastiques dans les océans. De même, le lavage des vêtements synthétiques libère des fibres plastiques et des produits toxiques liés à la teinture. Trop petits pour être filtrés, ces particules finissent dans l’océan et sont ingérées par les espèces maritimes. 


De même, 4% des réserves d’eau potable de la planète serviraient à la production de vêtements, ce qui fait du textile le troisième secteur le plus consommateur d’eau après la culture du riz et du blé. Prenons le cas d'un tee-shirt en coton, sa production nécessite l’équivalent de 70 douches. À cela s’ajoutent évidemment l’utilisation massive de pesticides, engrais et autres fertilisants pour cultiver le coton. Quant au jean, 7 500 litres d’eau sont nécessaires à la production d’une seule pièce selon l’ONU, soit 50 baignoires remplies. 


De la production au recyclage en passant par l’entretien et le transport, rien d’étonnant que de voir la pollution colossale causée par l’industrie du textile. D’autant que la consommation ne cesse d’augmenter. Le rapport de l’ADEME estime que 130 milliards de vêtements sont consommés chaque année dans le monde, un chiffre qui a augmenté de 60% en 15 ans. Reste qu’aujourd’hui, malgré l’éveil des consciences au sujet de l'environnement, rien ne semble changer. C’est même pire puisque la vente en ligne et ce qu’elle implique en termes de transport et de production a émergé. Face à un tel enjeu, ces marques de fast fashion tentent de nous faire croire que l’heure est au changement. C’est ainsi la porte ouverte au greenwashing… cette stratégie marketing visant à communiquer sur sa responsabilité écologique de manière trompeuse afin de redorer son blason. 

 

et sur la vie... 


Sweatshops, voilà le nom porté par ces établissements où les droits humains sont bel et bien inexistants. Par souci d'économie, de rentabilité, de bénéfice, et surtout pas par souci d’éthique, les marques de fast fashion font produire leurs vêtements dans des pays où la main d'œuvre ne coûte presque rien. Prenons le Bangladesh et le Pakistan, deux pays d’Asie du sud-est. Selon le rapport de l’ADEME, le premier enregistre le salaire horaire le plus bas du monde : 0,32 dollar de l’heure. Le second enregistre le troisième plus faible du monde : 0,55 dollar de l’heure. Cet “avantage”, qui n’en est pas un pour celles et ceux qui en font les frais, a fait du Bangladesh le deuxième exportateur de textile au monde. 

L’industrie de la mode emploie 75 millions de personnes dans le monde et plus de 60 millions d’entre elles sont des femmes. Dans la plupart des cas, ces dernières souffrent également d’une absence totale de droit du travail. Par exemple, les "femmes invisibles” du Pakistan sont exploitées directement depuis leur domicile. Au Bangladesh, on estime que 15% des enfants entre 6 et 14 ans et issus des bidonvilles de Dacca, la capitale du pays, exercent un travail à temps plein dans l’industrie textile. Passé 14 ans, ce chiffre dépasse les 50%. Pour l’un comme pour l’autre, les semaines dépassent les 64 heures de travail, le salaire n’excède pas les 30 euros par mois et les missions sont dangereuses : exposition permanente à des substances toxiques pouvant être à l’origine d'intoxications ou de maladies. 


Et ce n’est pas tout. Les heures supplémentaires sont obligatoires et non payées, les conditions de travail sont indécentes, les syndicats sont interdits, les tâches sont dangereuses… la liste est malheureusement très longue. 

 

La solution de la seconde main


Pour une mode plus durable et responsable, des solutions existent. La première d’entre elles reste la seconde main, c'est-à-dire l’achat d’occasion. Force est de constater que ce marché a le vent en poupe ! L'Institut Français de la Mode estime qu’un Français sur trois aurait acheté un vêtement d’occasion en 2018, soit le double du chiffre relevé en 2010.


Il faut dire que le champ des possibilités est large. Et déjà en 1954 ! En fondant Emmaüs, l’abbé Pierre apparaît aujourd’hui comme un pionnier de la seconde main. Depuis 2016, l’association a même lancé sa propre boutique en ligne, Label Emmaüs. 

 

“Tu ne le portes plus, vends le !”. Ce slogan aujourd’hui connu de tous cache une marque, Vinted, qui dénombre pas moins de 19 millions d’utilisateurs en France. Le géant lituanien s’est même hissé dans le top 5 des sites de e-commerce. Un succès en partie possible grâce à des prix plus bas et une prise de conscience populaire quant à la pollution causée par l’industrie de la mode. En première ligne, ce sont les jeunes. 40% des 18-24 ans fréquentaient Vinted en 2018 selon une étude de Kantar TNS et 58% d’entre eux affirment vendre leurs vêtements pour se faire de l’argent. Il faut dire que c’est un moyen simple, rapide et efficace, bien plus que le job étudiant ou les petits services. 


Quant aux fripes, elles sont définitivement entrées dans les mœurs. Toujours selon L’Institut Français de la Mode, le marché des fripes pèserait 1 milliard d’euros en France en 2018. C’est encore très loin des 67 milliards d’euros de l’habillement neuf mais ça reste très prometteur. Ce n’est pas le site américain ThredUP qui dira le contraire. À l’en croire, le marché de la seconde main devrait même être plus lourd que celui de la fast fashion en 2028. De quoi donner raison à Greenpeace qui disait dans un article publié en 2018 : “l’industrie de la mode jetable symbolise l’impasse de notre système économique”.

 

Par Loïs Larges

Dernière modification le 06/10/2021 à 14h31

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