Société

Le FOMO, la maladie du siècle ?

Publié le 30 septembre 2021

Et si nous étions tous comme Madame Bovary ? Touché par cette insatisfaction permanente, ce désir d’un autre destin. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, ce phénomène endosse désormais le costume du XXIème siècle et porte un nom : le FOMO, the Fear Of Missing Out. 


C’est en 1996 que le phénomène est identifié pour la première fois. Dan Herman, expert en marketing, théorise et popularise le FOMO comme étant, très simplement, la peur de rater quelque chose, qu’il s’agisse d’un événement, d’une opportunité, d'une information ou même d’une tendance.... Plus de 20 ans après, le phénomène est plus que jamais d’actualité et touche près de 7 millennials sur 10. Plusieurs causes, plusieurs conséquences, plusieurs manifestations.... En bref, si le FOMO était à résumer en une phrase, ce serait : faire une chose, c’est en manquer une autre. 

Crédit : Dan Herman

 

Un mal au triple visage


Tu es dans ton lit, il est minuit passé et tu scrolles indéfiniment Instagram, Twitter ou TikTok. Tu tombes sur des dizaines de vidéos de couples heureux en vacances au soleil alors que tu es seul.e dans ton lit, à attendre que ton réveil sonne pour que tu ailles travailler sous un ciel gris et pluvieux. Tu aimerais tant être à leur place et tu t’endors en rêvant parfois de cette vie qui te paraît si loin et si proche à la fois. C’est cliché mais force est de constater que cette situation parle à beaucoup. Si c’est le cas, peut-être que tu es concerné.e par le FOMO. Et pour cause, l’une de ses facettes désigne le trop plein d’options permettant d’occuper notre temps libre. Se crée alors un sentiment de frustration, de remise en question car tu as l’impression qu’il y aura toujours mieux que ce restaurant, ce concert ou ce travail. 


Scroller des heures entières à la recherche des dernières tendances, du dernier mème à la mode, de l’information à ne pas manquer, des opinions des uns et des autres sur la dernière série du moment, c’est aussi ça le FOMO : vouloir absolument être au courant de tout, tout le temps, de manière obsessionnelle. Au-delà de créer de l’anxiété et de la frustration, le FOMO véhicule bien d’autres sentiments, à commencer par la peur de l’exclusion ou de la solitude. Une pression sociale pèse sur chacun et nous fait ressentir le besoin d’avoir le dernier Iphone sorti ou la dernière paire de Nike à la mode. De même, cette facette concerne aussi nos proches. L’exemple est simple : vos amis organisent une sortie à laquelle vous êtes convié.e, vous ne pouvez pas y aller pour diverses raisons et dire non s’avère être une corvée car la peur d’être exclu.e, de ne plus être aimé.e vous envahit le corps et le cœur. 


Qu’importe la facette, le phénomène a été accentué par l’avènement d’internet et des réseaux sociaux puisque chacun use de stories, tweets ou autres tiktoks pour montrer ce qu’il fait, où il est, avec qui il est. Chaque minute que nous passons sur les réseaux sociaux est une minute de plus à se comparer, s’angoisser et regretter.

 

Le FOMO comme outil marketing


Si c’est un expert en marketing qui a, pour la première fois, théorisé et popularisé le syndrome, ce n’est pas pour rien… Depuis une dizaine d’années, le FOMO est utilisé à des fins commerciales par un grand nombre de marques. Et ce choix s’avère pertinent puisqu’on estime que 60% des millennials feraient des achats en réaction à des stratégies FOMO selon une étude de Citizen Relations.

Crédit : Neocamino le blog


La stratégie est simple : créer l’urgence et la rareté. “Plus que deux places à cette date”, “plus que 3 heures pour bénéficier de -40% sur tous les tops”. Simple, efficace. De manière plus générale, les périodes de soldes ou le Black Friday en sont les exemples parfaits. Bien souvent, ces situations créent de l’anxiété, voire de l’agressivité. De quoi laisser penser que l’usage marketing du FOMO a son lot de défauts.

 

Le JOMO, l'alternative


Il y a le FOMO mais il existe aussi le JOMO, the Joy Of Missing Out. Dès lors, il ne s'agit plus d’un syndrome ou d’une maladie mais d’un mode de vie délibérément choisi. Le JOMO, c’est très simplement l’opposé du FOMO. Ce terme apparaît pour la première fois en 2012 dans une étude menée par un blogueur et entrepreneur américain, Anil Dash. Un seul mot d’ordre règne alors en maître : la décompression. Bien que les écrans y soient pour beaucoup, remplacer la pression et le stress par la joie et la détente n’implique pas forcément une digital detox. Et pour cause, une étude britannique indique que 78% des personnes de la génération Y estiment avoir renforcé leur JOMO avec les offres de streaming. Le choix du JOMO, c’est avant tout le choix du ralentissement, du recul, de l’écoute de soi-même. Le choix de profiter de la vie sans se sentir coupable de la moindre décision. 


Même si le terme FOMO est relativement récent, la peur de manquer a, elle, toujours existée. Si bien que Sénèque l’évoquait déjà dans un de ses textes vers l’an 4 av. JC :

Prenons plaisir dans ce que nous avons sans faire de comparaison ; aucun Homme ne sera jamais heureux s’il se laisse torturer par le bonheur des autres.

 

Source photo couverture : Manhattan Times

 

Par Loïs Larges

Dernière modification le 30/09/2021 à 19h01

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