Société

TRANScripteur : quand Camille devient renard polaire

Publié le 17 juin 2021

TRANScripteur. Voilà comment se définit Camille sur son compte Instagram. Un nom qui découle d’un travail, celui de transcripteur braille, mais aussi d’une identité, celle d’une personne transgenre FtM - Female to Male -. Et justement, c’est en endossant ces deux casquettes que Camille alimente son compte Instagram de petites bandes dessinées où anecdotes et pédagogie s’entremêlent.


Le 15 avril, Camille publie sa première bande dessinée sur son compte Instagram @transcripteur. Une publication dans laquelle il se présente : “J’ai 29 ans et je vais vous raconter l’expérience de ma transition FtM au sein de mon entreprise…”.

En développant ce compte Instagram, Camille voulait absolument concentrer sa BD sur le monde du travail, “c’est quelque chose qui m’a manqué quand j’ai commencé ma transition”, confie l'artiste. De plus, Camille est transcripteur braille et, très vite, les premières publications sur le sujet font leur apparition. Un choix justifié par la volonté de partager ses connaissances dans ce domaine mais également par un moyen de “sensibiliser les voyants”, “c’est d’une pierre deux coups !”, se réjouit-il, comblé de constater que sa communauté s’y intéresse beaucoup.

 

De l’humain à l’animal

Bamboo le raton-laveur, Avoine le cheval ou Camille - TRANScripteur - le renard polaire. Tous les personnages représentés par le dessinateur dans ses illustrations sont des animaux. Un choix évident pour Camille qui y voit une manière de mieux illustrer les sentiments. Et pour cause, il explique, “les poils, les oreilles, les queues des animaux permettent de mieux transmettre les fortes émotions”. Autre raison : l’anonymat. Camille tenait à “avoir une certaine liberté” dans les dessins de son entourage afin de préserver leur anonymat, “je ne voulais pas avoir à représenter mes collègues et mes proches”, explique-t-il. 


Pour ce qui est du renard polaire pour se représenter lui-même, c’est apparu comme une évidence, “c’est une forme assez instinctive pour moi quand je dessine et je ne voulais pas avoir à trop réfléchir quand je me représente”, confie-t-il. Le côté attachant du personnage étant, de plus, en parfaite harmonie avec l’atmosphère du compte Instagram où bienveillance, amusement et émotions règnent en maître.

Par ailleurs, Camille ne cache pas son plaisir à dessiner des animaux. Selon lui, “c’est plus sympa et plus fun” et ce critère a son importance quand une publication prend plusieurs heures de travail : une heure de crayonnage et encrage sur papier, quelques minutes pour photographier les croquis afin de les numériser sur le logiciel ProCreate et, enfin, deux ou trois heures accordées à la couleur.

 

De l’ombre à la lumière

Avant de partager publiquement son expérience sur Instagram, Camille a longtemps écrit. Il posait sur papier des petits moments de vie jusqu’à ce jour d’avril 2021 où, en plein confinement et enfermé chez lui, il retrouve ce document. Une pensée lui vient en tête : en faire une bande dessinée, “je voulais un format court et je suis plus à l’aise avec le dessin”, explique l’artiste. L’objectif est simple : partager. Une expérience et une passion, “j’ai lancé ça sans prévenir personne en me disant que des gens allaient peut-être tomber dessus”, raconte Camille. Un secret si lourd à garder que l’artiste a décidé d’en parler. Sa famille, ses ami.e.s, son compagnon mais également une collègue depuis quelques jours, “j’ai très peur de leur réaction mais ma collègue a reconnu toutes les anecdotes et a trouvé ça plutôt drôle et mignon !”, livre-t-il, soulagé.


De l’écrit, ces anecdotes deviennent donc dessins. Et, de l’ombre, Camille passe rapidement à la lumière. En seulement deux mois, son compte @transcripteur est riche de près de 3 500 abonné.e.s. “J’ai eu de la chance”, confie-t-il, un compte Instagram cumulant plus de 60 000 abonné.e.s - @aggressively_trans - a partagé sa publication sur le mégenrage au quotidien, “ce témoignage n’était pas centré seulement sur le travail donc je pense qu’il a parlé à énormément de monde. C’est vraiment quelque chose que toutes les personnes trans vivent, surtout au début de leur transition”, affirme-t-il. Peu de temps après, un compte recensant cette fois près de 200 000 abonné.e.s - @lecoindeslgbt - a également partagé son compte, “c’était l’explosion”, avoue Camille qui confie être passé d’une centaine d’abonné.e.s à plus de 2 000 en seulement deux jours !

Loin de s’imaginer un tel succès en seulement deux mois, Camille confie avoir ressenti une pression supplémentaire, “j’ai remarqué que certaines publications pouvaient susciter des débats en commentaire”, explique-t-il, “il va falloir que je m’y attende”. Une pression supplémentaire, certes, mais pas de quoi inquiéter l’artiste, “comme j’ai un scripte qui est déjà écrit, je vais juste me contenter de continuer à dessiner”, avance-t-il avant d’assurer que ce serait “une sacrée consécration” de publier ces anecdotes sur papier, “si j’estime avoir suffisamment de contenu et quand j’aurais une communauté plus importante, j’aimerais lancer une campagne participative”, livre Camille, déjà comblé par sa communauté “très bienveillante”.

 

Illustrations : @transcripteur

Par Loïs Larges

Dernière modification le 01/07/2021 à 11h29

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Commentaires

Cha G.

Un succès empilement mérité pour une personne formidable 😍.

17 juin 2021 18h41

Brigitte P.

après avoir lu votre reportage, une grande bouffée de fierté et d émotions positives pour mon garçon qui sait rendre au travers de sa BD, les moments de sa vie avec simplicité et de magnifiques partages merci pour tous vos mots

17 juin 2021 18h28

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