Vendredi 20 décembre, je dois avouer que la soirée est longue, terriblement longue.
Ma séance de cinéma se termine, je rentre et finis par m’allonger dans mon lit, j’ouvre instagram et y vois que Ben Mazué annonce de nouvelles places de concert disponibles - j’attendais cela sans trop y croire, l’espoir caché quelque part.
Je vérifie,
Il y en a,
J’en achète une.
Mon cœur est soulagé, de savoir que finalement je ne louperai pas cette soirée que j’attendais tant, j’avais loupé l’heure, « c’est l’heure » dit pourtant Ben Mazué, mais j’avais loupé l’heure - de la mise en ligne des premières places.
Deuxième annonce de cette soirée, du début de ma nuit, devrais-je dire.
C’est beaucoup deux annonces, pour quelqu’un qui n’est pas très présent sur les réseaux.
Je vois les mots : « Seul en scène, live intégral », il est près d’une heure du matin, le live dure 1 h 21 - ce sera pour demain.
Demain est arrivé, je suis en ce moment même en train de l’écouter,
Je l’écoute, et comme souvent, j’ai besoin d’écrire.
Un concert à la maison
Mon premier sentiment est grand : c’est si fort et vulnérable, de dévoiler ces moments privés au monde entier, à qui veut entendre, à qui veut écouter, à qui veut prêter attention.
Je me répète presque en boucle, les premières minutes, que c’est un immense don de soi. De porter haut et fort ces versions live, un concert intégral, dans ces imperfections et ces perfections. Je me questionne aussi, vis-à- vis des talks entre les chansons, qui sont souvent calculés, prévus en avance, et qui sont les mêmes à chaque date - parfois aux mots près. Je ne sais pas pourquoi ça m’atteint autant, je le ressens comme un gros secret dévoilé. Pourtant en concert, les chansons aussi sont les mêmes, dans le même ordre, et ça ne me questionne pas - mais ces quelques paroles, anecdotes et secrets dévoilés me semblent toujours extrêmement confidentiels, un lien très intime et secret entre l’artiste et son public.
J’admire il me semble, toute cette transparence. Tout dire à un concert gardera pour toujours un côté privé, mais tout dire sur les plateformes musicales, c’est imposant, c’est grand, et d’un coup tout devient public.
C’est grand, mais quelle chance aussi, à la maison de pouvoir fermer les yeux, mettre play et être à un concert tout d’un coup.
Une (pas si) nouvelle forme de spectacle ?
Je prends un plaisir immense à me rendre à mes concerts préférés, à réserver une soirée, pour quelques heures partagées. Pourtant, il est impossible d’aller à tous les concerts, de tous les artistes que j’apprécie, dans toute la France et plus encore. Cela représenterait bien trop de temps « perdus » et d’argent dépensé.
Je pense à tous ces gens qui ne peuvent parfois pas assister à leurs concerts préférés (je m’y inclus), mais qui pourront le vivre, au travers de ce moment transposé, déjà vécu par un public mais revécu ensuite, par un autre public. Un public éparpillé, dans leurs canapé, leurs voiture, leurs lit, leurs fauteuil, peut-être dans le métro, dans un bateau… un peu partout, partout en dehors d’une salle de concert obscure - et payante.
Je pense soudainement à ma grand mère qui écoutait sa musique sur YouTube depuis sa petite maison rouge, et qui aurait peut-être adoré écouter ce live intégral de Ben Mazué.
Je sais que ce dispositif n'est pas nouveau, mais il l'est vis-à-vis des artistes que j'écoute, Ben Mazué avait déjà sortit "La princesse et le dictateur" en 2020, c'est le seul live intégral que j'ai écouté jusque ici. Des chansons lives, il en existe plusieurs dans ma playlist, mais pour l'instant pas d'autres longues versions.
Un concert uniquement auditif
De temps en temps, lorsque je suis en concert je m’oblige à fermer les yeux.
Je m’oblige à écouter seulement,
À ressentir seulement,
Je me cache la vue, volontairement, je respire et je ferme les yeux, durant 2/3 minutes.
Je m’imprègne, j’essaye de m’en souvenir, de me souvenir de ce que ça fait que d’être là.
Et ça fait un peu comme ça à vrai dire - comme l’écoute sans image que je vis actuellement.
C’est un grand cadeau que de pouvoir ressentir ça encore, et encore, et encore.
Un concert de loin, mais de si près dans mon coeur
J’aime, dans ce concert retransmis, retrouver ce que j’aime dans les concerts auxquels j’assiste : ne pas connaître les chansons en avance, se faire bercer par le rythme, les paroles qui s’emparent de nous, le sourire sur le bout des lèvres, la concentration au maximum, le souffle coupé de tant de beauté, la joie qui monte, au fur et à mesure que les chansons préférées arrivent à nos oreilles, comme un concert, les petites phrases introductives avant les chansons qui aident à savoir quelle chanson arrive et l’excitation d’avoir raison…
Pourtant ce concert est si différent de ceux que je vis - durant ces 1h21 j’ai marché dehors sous la pluie, j’ai fait quelques courses pour mon départ en vacances, j’ai rangé ces quelques courses, j’ai fait la vaisselle (moins sympa que d’être assise sur un siège en concert), j’ai pleuré aussi, j’ai écrit cet article, j’ai bu une citronnade, je me suis assise sur ma chaise de bureau et j’ai dansé légèrement, bougeant presque seulement mes épaules.
J’aimerais noter que j’oublie le public - ce qui est drôle, j’aime tant observer les visages à peine éclairés dans les salles de concerts, les sourires, les larmes, les visages figés, non expressifs et parfois aussi pensifs. Seuls les applaudissements me permettent de me replonger dans une collectivité - un semblant de collectivité.
Re-découvrir les musiques d’un album connu par cœur
Toutes les chansons me touchent, c’est un ensemble harmonieux qui me plait, mais je dois remercier certaines d’entre elles, qui aujourd’hui ont un goût différent.
Nous deux contre le reste dy monde me prend aux tripes, ce n’est pas étonnant en période de rupture, je sais qu’elle ne m’impacte pas autant qu’en concert, ce n’est pas aussi fort, mais c’est cent fois plus fort que la version studio. Ça se souligne, ça a son importance pour moi.
Pour tout dire de mon écoute de Ben Mazué, Cette guerre ne m’avait pas touchée dans l’album,
Pas particulièrement,
Pas plus que ça,
Je la redécouvre,
Le pouvoir du live est en train d’arriver à mes oreilles,
Crescendo,
Ça fait du bien,
J’entends l’émotion qui dépasse,
Et pour la première fois, la colère qui ronge et qui libère.
L’audio d’une heure vingt-et-une minutes et trente-neuf secondes se termine.
Je pense que je vais aller revivre ce concert une seconde fois,
Aujourd’hui je profite de ne pas avoir à sortir de la salle, à prendre le métro, à ressentir ce vide de fin de concert qui s’imprègne toujours mille fois trop fort dans mon corps. J’aime ce sentiment, mais il sera pour un autre soir, un soir de mars 2026.
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